Le juriste de la France Libre
À l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, le ministère de la Justice rend hommage à René Cassin (1887–1976) à travers une exposition gratuite installée devant la chancellerie, place Vendôme. En dix panneaux, ce parcours retrace l’itinéraire d’un juriste dont l’œuvre irrigue encore aujourd’hui les grands textes du droit international et européen.
Professeur de droit de formation, René Cassin rejoint le général de Gaulle à Londres dès juin 1940. Il devient rapidement l’architecte juridique de la France libre, à qui l’on doit notamment la rédaction de l’accord franco-britannique du 7 août 1940 — instrument essentiel ayant conféré une légitimité internationale au gouvernement français en exil.
Nommé Commissaire à la Justice et à l’Instruction publique en septembre 1941, il s’attelle à deux tâches indissociables : préparer les textes législatifs nécessaires à la Libération, et contester juridiquement la légitimité du régime de Vichy. En 1943, il préside à Alger le Comité juridique, instance jouant le rôle d’un Conseil d’État de circonstance. À la Libération, il en devient vice-président de droit commun.
Le père de la Déclaration universelle
C’est sur la scène internationale que l’œuvre de Cassin atteint sa plus grande portée. Membre de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, il en est le rapporteur principal et joue un rôle déterminant dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948.
On lui doit notamment l’insistance sur le qualificatif « universelle » — choix terminologique loin d’être anodin, affirmant que ces droits s’appliquent à chaque être humain sans distinction, en tout lieu et en toute circonstance. Il structure le texte autour d’un socle commun : la dignité humaine, à partir de laquelle s’articulent droits civils, politiques, économiques et sociaux.
Une carrière couronnée par les plus hautes fonctions
René Cassin cumule un parcours institutionnel exceptionnel :
- Vice-président du Conseil d’État
- Membre du Conseil constitutionnel
- Président de la Cour européenne des droits de l’homme (1965–1968)
En 1968, il reçoit le prix Nobel de la paix, consécration internationale de l’ensemble de son engagement. Il entre au Panthéon en 1987, rejoignant ainsi les figures dont la République reconnaît solennellement la dette.
Une œuvre toujours vivante
À l’heure où les droits fondamentaux font l’objet de débats renouvelés, l’exposition place Vendôme rappelle opportunément que ces acquis sont le fruit d’un travail juridique rigoureux, porté par des hommes de conviction. René Cassin en est, sans doute, l’un des plus illustres représentants.
Source : MinistèredelaJustice

