La canicule et le droit de retrait des agents de la fonction publique
Avec la canicule actuelle, de nombreux agents publics s’interrogent sur leur droit de retrait. Si ce droit déroge au devoir d’obéissance hiérarchique, il suppose la caractérisation d’un danger grave et imminent pour la vie ou la santé : la seule existence d’une vigilance météorologique ne suffit pas, le juge administratif appréciant concrètement les conditions de travail réelles de l’agent. Un agent disposant de locaux adaptés ou de mesures de protection suffisantes aura ainsi du mal à justifier son retrait, à la différence d’agents exposés en extérieur, à des tâches physiquement éprouvantes ou à des locaux inadaptés.
Ce droit reste néanmoins un ultime recours. L’employeur public doit anticiper les épisodes de forte chaleur par des mesures adaptées (aménagement des horaires, accès à l’eau, pauses supplémentaires, protection des agents vulnérables), une obligation renforcée depuis l’évolution récente de la réglementation imposant d’intégrer ce risque dans l’évaluation des risques professionnels. Le droit d’alerte permet souvent de faire cesser le risque sans aller jusqu’à l’interruption de l’activité.
L’analyse du juge administratif accorde une place déterminante aux mesures de prévention effectivement mises en œuvre et aux préconisations médicales dont bénéficie l’agent. Une décision de la cour administrative d’appel de Douai de 2023 illustre cette logique : malgré des prescriptions médicales limitant le travail en cas de chaleur extrême, le juge a écarté tout manquement de l’employeur dès lors que celui-ci avait fourni un équipement adapté et qu’aucun élément ne démontrait que l’agent avait été contraint de travailler en méconnaissance de ces prescriptions.
Le droit de retrait demeure donc envisageable pour les agents présentant des pathologies particulières et fortement exposés, mais il ne peut être exercé systématiquement. Son usage suppose une analyse concrète combinant intensité du risque, pathologies médicalement constatées et mesures de protection existantes, sans perdre de vue le principe de continuité du service public, qui s’impose notamment aux forces de sécurité ou aux enseignants.
En définitive, l’enjeu dépasse la seule question du droit de retrait : face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême liée au changement climatique, c’est avant tout la capacité des employeurs publics à adapter durablement les conditions de travail qui constitue le véritable défi.

